Le tissu et la texture semblent être le point de départ de tout ce que vous faites. Comment choisissez-vous vos matériaux, et comment le tissu dicte-t-il la forme finale d'une pièce OUTRÉ ?
Le matériau est toujours le point de départ de mon processus de création. Je commence rarement avec une silhouette figée. À la place, je passe du temps à observer un textile, sa texture, son poids, son histoire et ses imperfections, et je le laisse guider le design. Je travaille avec une grande variété de matériaux, allant de textiles vintage et revalorisés qui portent les traces du passé à des tissus écoresponsables de conception nouvelle que je crée à l'aide de techniques contemporaines, notamment le développement d'imprimés originaux et l'expérimentation textile.
Une part importante de mon travail réside dans le dialogue entre l'ancien et le nouveau. Je suis fascinée par la tension entre les textiles historiques et les procédés modernes, combiner des matériaux qui possèdent déjà une histoire avec des tissus et des imprimés que je conçois à partir de zéro. À travers cette interaction, chaque pièce devient un point de rencontre entre héritage et innovation.
Le tissu dicte souvent la forme finale d'un vêtement. Une tapisserie structurée se prête naturellement à une coupe architecturale, tandis qu'un textile plus léger ou plus fluide peut inspirer une intervention plus douce. Je vois le processus de design comme un dialogue entre moi-même et le matériau. Plutôt que de forcer le textile à entrer dans une idée, je laisse son caractère façonner la pièce finale.

Vos créations ont une réelle dimension architecturale et organique. Lorsque vous commencez à draper ou à assembler, partez-vous d'une structure géométrique spécifique, du mouvement du corps ou d'une pure intuition physique ?
Mon processus varie d'une collection à l'autre. Dans mon travail le plus récent, il s'est ancré dans un dialogue entre le modélisme traditionnel, les techniques de haute couture et les caractéristiques uniques des tapisseries elles-mêmes. Le défi n'était pas seulement de concevoir un vêtement, mais de comprendre comment ces récits textiles existants pouvaient être intégrés dans la structure de la pièce.
De nombreux designers préfèrent laisser le moulage sur mannequin guider le processus, permettant au tissu de dicter la forme. Bien que j'apprécie cette spontanéité, j'ai toujours été profondément attirée par le modélisme. J'aime savoir ce que je veux créer, traduire cette vision en un patron précis et affiner chaque détail avant la confection du vêtement. Pour moi, il y a quelque chose d'incroyablement gratifiant à transformer une idée en une forme minutieusement étudiée.
Cela dit, l'intuition joue toujours un rôle important. Une fois que le vêtement passe du croquis et du patron au corps, je prête une attention particulière au comportement du textile, à la façon dont il interagit avec le mouvement et à la manière dont les différents matériaux communiquent entre eux. Les résultats les plus intéressants émergent souvent de l'équilibre entre précision et expérimentation, entre structure et instinct.

OUTRÉ prône un retour à la slow fashion (mode lente) et à l'artisanat fait main. Comment cette approche de pièces uniques ou de séries ultra-limitées redéfinit-elle le lien entre la personne qui la porte et la création ?
Je crois que lorsqu'une chose est fabriquée lentement et de manière réfléchie, elle est porteuse d'une valeur différente. Dans un monde dominé par la production de masse, créer des pièces uniques ou des éditions extrêmement limitées permet d'établir une relation plus profonde entre la personne qui porte le vêtement et le vêtement lui-même.
Chaque pièce nécessite des heures de travail à la main, de recherche de matériaux et de savoir-faire artisanal. De ce fait, elle devient plus qu'un vêtement, elle devient un objet doté d'une histoire, d'une mémoire et d'un sentiment de durabilité. Je veux que les gens sentent qu'ils n'achètent pas simplement un vêtement, mais qu'ils deviennent les gardiens d'une œuvre d'art à porter. Cela crée une connexion émotionnelle plus forte et encourage une manière plus consciente de consommer la mode.

Porter du OUTRÉ est un choix esthétique fort. Avez-vous l'impression que vos pièces agissent comme une armure moderne, révélant une forme d'audace ou de poésie que les gens n'expriment pas forcément dans leur vie quotidienne ?
Absolument. Les vêtements ont le pouvoir de transformer non seulement la façon dont nous sommes perçus, mais aussi la façon dont nous nous percevons nous-mêmes. Je vois les pièces OUTRÉ comme une forme d'armure moderne, mais pas une armure qui cache, elle protège tout en révélant.
La plupart des personnes attirées par la marque ont un esprit créatif et indépendant. Elles ne cherchent pas à se fondre dans la masse ; elles cherchent à exprimer quelque chose de personnel. À travers des textiles insolites, des références artistiques et des silhouettes fortes, les vêtements permettent à la personne qui les porte d'incarner une version d'elle-même plus confiante, poétique et farouchement authentique.
Pour moi, la mode est plus puissante lorsqu'elle suscite une réponse émotionnelle. Je veux que chaque pièce donne à celle ou celui qui la porte la permission de prendre de la place, de raconter une histoire et d'exprimer ce que les mots seuls ne peuvent pas dire. Les clients d'Outré sont des personnes qui vivent et apprécient la mode comme une forme d'art. Ils ne veulent pas d'une énième chemise ou d'une autre veste, ils veulent « la » pièce ; ils en comprennent la valeur.
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