Vous avez vécu sur trois continents. Si MLIMA était un lieu physique sur une carte, où se trouverait-il ?
MLIMA ne se situerait pas à un endroit précis, il existerait dans l'espace entre les lieux. Si je devais l'imaginer sur une carte, ce serait quelque part entre l'énergie urbaine dense de Hong Kong, l'immobilité côtière de la Tunisie et la chaleur des traditions artisanales d'Afrique de l'Est. C'est dans cet espace intermédiaire que vit réellement la marque. Elle est façonnée par le mouvement, la mémoire et l'idée que l'identité peut se construire à partir de plusieurs endroits plutôt que d'une géographie fixe. MLIMA cherche moins à représenter une destination unique qu’à explorer ce qui se passe lorsque différents mondes laissent leur empreinte sur vous.

Vous commencez par la matière, pas par le croquis. Comment un morceau brut de « déchet » ou un tissu issu de stocks dormants vous dit-il ce qu’il veut devenir ?
Pour moi, la matière n'est jamais juste de la matière ; elle porte déjà une histoire. Elle a un poids, une texture, un mouvement, des imperfections, des limites. Ces qualités suggèrent immédiatement ce qu'elle devrait ou ne devrait pas devenir. Un tissu structuré voudra peut-être devenir une pièce architecturale. Un textile plus souple appellera le mouvement et le drapé.
Parfois, l'imprimé lui-même dicte la silhouette, car une mauvaise coupe détruirait le rythme du motif. Commencer par le tissu plutôt que par le dessin m'oblige à concevoir en conversation avec le matériau, plutôt que de lui imposer une forme. Je dis souvent que c'est le tissu qui me dicte ce qu'il veut être.
Quelle est la chose la plus surprenante qu'un maître artisan de Tunis ou de Tanzanie vous ait apprise et qu'une école de design n'aurait jamais pu vous enseigner ?
Que la perfection n'est pas toujours l'objectif. C'est une leçon que j'ai du mal à assimiler, n'étant pas moi-même parfaite. De nombreux artisans avec qui je travaille créent à la main, laissant apparaître de subtiles irrégularités, de légers décalages dans le tissage, de minuscules asymétries, des variations de texture. Plutôt que de les voir comme des défauts, ils les considèrent comme des preuves de vie et d'auteur.
L'école de design enseigne souvent la précision : comment livrer des idées et les exécuter. Mais dans le monde réel, travailler avec des artisans exige beaucoup de travail d'équipe et d'écoute mutuelle. Ils m'ont appris que le caractère réside souvent dans l'imperfection. Ils m'ont montré que lorsqu'un objet est fabriqué par des mains humaines, on doit pouvoir y ressentir la présence de la main. Cette philosophie a profondément façonné MLIMA.

MLIMA s'adresse au « nomade moderne ». Pourquoi est-il si important pour quelqu'un qui est toujours en mouvement de posséder des objets chargés d'histoire ?
Parce que lorsque votre vie est en mouvement, les objets deviennent des ancres. Les personnes qui se déplacent souvent, que ce soit physiquement, émotionnellement ou culturellement, comprennent que les possessions peuvent porter la mémoire de manière puissante. Un vêtement, un sac, un objet artisanal peuvent renfermer l'atmosphère d'un lieu, d'une saison ou d'un chapitre de votre vie.
Pour le nomade moderne, le foyer n'est pas toujours géographique. Parfois, le foyer est ce que l'on transporte avec soi. Je veux que les pièces MLIMA procurent ce sentiment : des objets dotés d'assez d'âme et d'histoire pour voyager avec vous et s'intégrer à votre propre récit personnel.
Le nom signifie « Montagne » en swahili. Quel est le plus grand « sommet » ou défi que vous tentez de conquérir avec cette marque en ce moment ?
Le plus grand défi est de bâtir une marque qui reste profondément artisanale et narrative, tout en se développant de manière durable. Dans la mode, il y a toujours cette pression de croître plus vite, de produire plus, de simplifier le processus. Mais MLIMA n'a jamais été destinée à la production de masse. Le défi consiste donc à trouver comment se développer sans perdre l'intimité, le savoir-faire et l'intégrité qui font l'essence de la marque. Créer une marque capable de changer d'échelle tout en restant humaine, intentionnelle et ancrée dans le sens.

Crédits photos : Grégory LeBourdais
Retrouvez la marque sur son e-shop : https://www.mlimaworld.com/
Et sur son Instagram : https://www.instagram.com/mlima_world/